À La Rippe, village vaudois niché au cœur d’un territoire majoritairement forestier, la Municipalité a décidé de ne pas attendre que la politique climatique s’impose. Effectivement, depuis 2023, elle s’est engagée dans un Plan Énergie Climat Communal (PECC), avec la conviction que structurer l’action locale, c’est déjà agir. Rencontre avec Anne Bujard, Municipale depuis 2021, et Pierre-Yves Jotti, Municipal depuis 2023. Tous deux nous livrent leur regard sur cette première année d’engagement.
Des parcours variés, une sensibilité commune
Anne Bujard a d’abord été Conseillère communale de 2016 à 2021 avant de rejoindre la Municipalité lors de la nouvelle législature. Engagée depuis longtemps auprès de différentes Associations dans la vie du village, elle est aujourd’hui responsable de l’accueil de la petite enfance, des écoles, des bâtiments communaux, du sport et de la culture ainsi que de l’aménagement du territoire.
Pierre-Yves Jotti, lui, a effectué un mandat et demi au Conseil communal avant d’intégrer la Municipalité en novembre 2023. Il gère notamment le caravaning, les églises, la sécurité sociale, la police des constructions et l’aménagement du territoire. C’est lui qui a mis le PECC sur la table, après avoir assisté à une séance d’information : « J’ai croisé des gens déjà engagés dans la démarche. Leur enthousiasme m’a rapidement convaincu de proposer le PECC à mes collègues. »
Une conviction qui n’était pas partagée d’emblée par l’ensemble de la Municipalité. « Au début, certains étaient un peu moins motivés, mais au fil du temps, le sujet est devenu naturel dans nos discussions. Tout le monde voit qu’il y a un vrai intérêt pour la population et que chacun peut apporter sa pierre à l’édifice. »
Pourquoi se lancer dans un PECC ?
Au-delà de la sensibilité environnementale, c’est la dimension structurante du PECC qui a emporté l’adhésion. « Historiquement, les Municipalités de villages vaudois ne sont pas familières avec la planification, observe Pierre-Yves Jotti. Le PECC nous oblige à avoir une vision à 4 ou 5 ans et il permet d’échelonner les projets dans le temps afin d’en faciliter leurs financements. »
La Municipalité avait, par exemple, déjà entamé dès 2021 des démarches avant le PECC, telles que la rénovation énergétique complète d’un bâtiment communal et de 8 appartements, la réduction de 30 % de l’éclairage public, la pose de panneaux solaires sur le toit de l’école). Cet outil est venu donner un cadre à ces actions éparses et est aussi apprécié pour sa dimension transversale. « Le PECC a amené beaucoup de transversalité là où on fonctionnait en silos. Chaque dicastère intègre désormais un volet climatique dans ses réflexions. Ce n’est plus un sujet à part mais un fil rouge pour toute la Municipalité. »
Un exemple concret de réalisation depuis le démarrage du PECC : l’installation de filtres solaires sur les fenêtres de l’école ou encore l’opération « coup de balai. » Des actions qui ont suscité des retours positifs de la part des enseignant.es qui arrivent le matin dans une classe fraîche et des écolier.ères qui ont pris plaisir à rendre leur village encore plus propre.
Un bon bilan carbone et déjà les yeux rivés sur les prochains défis
Le bilan carbone de La Rippe affiche de bons résultats. L’explication tient à une caractéristique géographique majeure : environ 90 % du territoire communal est couvert de forêts, ce qui constitue un puits de carbone considérable.
Mais ce bon bilan global ne doit pas masquer les vrais enjeux : la mobilité reste un sujet important sachant que la commune est rurale, que les alternatives à la voiture sont limitées et que les projets de mobilité sont conséquents en termes de ressources humaines, temporelles et financières.
Cela motive la Municipalité à réfléchir autrement, comme par exemple valoriser l’existant. Un chemin sécurisé permet déjà de relier à pied les villages de La Rippe et de Crassier. Toutefois, il reste peu connu et de nombreux piétons empruntent encore le bord de la route. Une meilleure signalétique et une bonne communication permettraient d’améliorer la sécurité des piétons.
L’autre chantier identifié concerne les bâtiments communaux. Certains présentent encore des vitrages simples des années 1890, dont plus de la moitié sont fissurés. Malgré le réseau de chaleur à distance, les déperditions thermiques restent importantes. « Il y a un travail de fond à mener sur l’isolation, admet Anne Bujard. Mais les contraintes budgétaires et les urgences imprévues freinent parfois l’avancement des projets. ». Dans ce contexte, un dicastère « énergies » va voir le jour sous l’égide de la nouvelle Municipalité.
La transition : l’affaire de toutes et tous
80% des émissions de CO₂ de La Rippe dépendent des comportements individuels (déplacements, chauffage, consommation). Toutefois, la Municipalité ne peut évidemment pas changer ces habitudes d'un coup de baguette magique. Elle peut malgré tout informer, montrer l’exemple et créer les conditions d’une prise de conscience collective.
La forêt par exemple, qui couvre l’essentiel du territoire, est perçue comme une ressource peu valorisée sur le plan pédagogique. « On est une commune à 90 % forestière et on ne communique pas assez là-dessus. Il y aurait tellement à faire avec le garde forestier : des promenades, des fiches pédagogiques, des événements pour la population. La forêt, c’est notre bien le plus précieux, il faut l’expliquer » indique Monsieur Jotti.
Passer du bilan à l’action
Dans l’immédiat, la priorité est de finaliser et valider le rapport de la première année PECC, puis de le transmettre au Canton. La Municipalité accueille deux nouveaux élus pour la prochaine législature, un moment clé pour réaffirmer l’importance d’une politique climatique et d’intégrer chaque dicastère dans cette dynamique.
À plus long terme, l’ambition est de structurer un vrai plan de communication annuel, de lancer une commission citoyenne consultative, et de capitaliser sur les subventions disponibles, encore trop peu connues des élus locaux. « L’information, c’est le nerf de la guerre. Les subventions existent, mais si personne ne sait où chercher, elles ne servent à rien. » nous livre Monsieur Jotti.
La preuve par l’exemple
Pour convaincre des communes réticentes, Anne Bujard et Pierre-Yves Jotti ont un message clair : présenter des réalisations concrètes, et non des concepts abstraits. « Il faut venir avec des exemples de projets déjà réalisés, en indiquant les subventions obtenues, en montrant les résultats concrets et en expliquant les économies réalisées. »
Puis, enfin, se lancer sans attendre car dès 2028, une loi cantonale devrait rendre obligatoire l’adoption d’une stratégie climatique communale. Autant prendre de l’avance et être bien accompagné. « Être bien accompagné, c’est essentiel. Pas seulement pour faire le travail, mais pour maintenir la dynamique et rester proactif. »
Un mot de la fin
Anne Bujard conclut avec cette image tout à fait dans le thème : « Je dis toujours que nos interventions, aussi modestes soient-elle, ne représentent qu’une petite goutte d’eau dans un océan de besoins. Toutefois, si toutes ces gouttes se rassemblent, une jolie rivière pourra se former ». Et Pierre-Yves Jotti de renforcer l’idée avec conviction : « Le développement durable ne devrait pas être l’apanage d’un seul élu ou d’un seul parti. Il doit être inclus dans toutes les stratégies, dans chaque dicastère. C’est comme ça qu’on avance vraiment. »