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Et si la durabilité commençait par nos choix du quotidien ?

3 juin 2026 par
eqlosion
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Face aux enjeux environnementaux, nous avons parfois l’impression que nos gestes du quotidien ne pèsent pas grand-chose. Pourtant, logement, alimentation, loisirs et achats, transport ou numérique : tous ces domaines contribuent  directement à notre empreinte environnementale.

Pour mieux comprendre cet impact, il est possible de s’appuyer sur les UCE (unités de charge écologique), un indicateur qui permet de mesurer les pressions exercées sur l’environnement en prenant en compte plusieurs dimensions, comme les émissions de  CO₂, la pollution de l’air, de l’eau, des sols ou la consommation des ressources. Aujourd’hui, en Suisse, notre mode de vie représente environ 60’000 UCE par habitant et par jour, alors qu’un niveau compatible avec les limites planétaires se situerait autour de 20’000 UCE par habitant et par jour.

L’idée n’est pas de viser la perfection, ni de culpabiliser, mais de mieux comprendre où se situent les principaux impacts et quels leviers sont réellement efficaces pour les réduire. Agir à son échelle, c’est aussi envoyer un signal, créer de nouvelles habitudes et contribuer à un mouvement collectif plus large.

Le logement : un quart de notre impact environnemental

Le logement représente environ 25 % de notre charge environnementale. Cet impact provient principalement de la construction, du chauffage et de l’électricité.

En Suisse, une grande partie des logements est encore chauffée à partir d’énergies non renouvelables : le gaz naturel, le mazout ou encore le chauffage électrique restent fréquents.

Si vous êtes propriétaire, isoler son logement, y installer des panneaux photovoltaïques et une pompe  à chaleur permet de diviser son impact par  un facteur 10

Pour les locataires, même sans entreprendre de gros travaux, certains gestes restent très utiles :

  • réduire la température de chauffage,
  • éviter de chauffer inutilement en cas d’absence,
  • limiter la consommation d’eau chaude,
  • s’interroger sur l’origine de son électricité.

Le choix de l’électricité a en effet un rôle important. Entre une électricité d’origine non renouvelable et une électricité renouvelable, l’impact environnemental peut être considérablement réduit.

Les fausses bonnes idées à éviter

Certaines habitudes, perçues comme écologiques, ne le sont pas toujours. C’est par exemple le cas de faire la vaisselle à la main, surtout lorsque l’eau chaude est produite à partir d’énergies fossiles alors que le lave-vaisselle peut être alimenté avec de l’électricité renouvelable. Un lave-vaisselle en mode éco pollue moins qu’une vaisselle faite à la main en utilisant de l’eau chaude.

Autre exemple : les équipements du quotidien. Les ampoules ont énormément progressé ces dernières années, avec des consommations bien plus faibles qu’il y a 30 ans. En revanche, d’autres usages restent souvent négligés, comme laisser la borne Wi-Fi allumée en permanence, même pendant une absence prolongée.

L’alimentation : un levier majeur, souvent sous-estimé

L’alimentation a elle aussi un poids important, de l’ordre de 25% de notre impact environnemental. Produire ce que nous mangeons nécessite des engrais, des pesticides, des ressources, de l’énergie, émet des polluants et gaz à effet de serre, ainsi que des étapes de transformation, de transport et d’emballage.

Trois grands postes ressortent particulièrement :

  • les produits d’origine animale,
  • les produits cultivés dans des serres chauffées,
  • les produits importés par avion.

Un steak de bœuf, par exemple, représente environ 30’000 UCE, soit la moitié de l’impact journalier. Cela s’explique par les ressources nécessaires à l’élevage, mais aussi par les émissions de méthane des ruminants. L’impact varie également selon l’alimentation de l’animal et les conditions d’élevage.

À l’inverse, certains aliments du quotidien ont un impact relativement faible, notamment les fruits et légumes locaux de saison, céréales et légumineuses, les légumes racines ou encore les fruits de garde comme la pomme (moins de quelques milliers d’UCE par kg). 

Quelques repères utiles

Pour réduire son impact alimentaire, plusieurs leviers sont particulièrement efficaces :

  • manger de la viande locale et certifiée, avec modération - idem pour les poissons,
  • privilégier des produits locaux et de saison,
  • favoriser les produits certifiés ou issus de l’agriculture biologique,
  • limiter le gaspillage alimentaire.

Le gaspillage est un point clé. Jeter 20 % de ce que l’on achète, c’est aussi gaspiller 20 % des ressources et de l’impact environnemental associé à la production alimentaire. Réduire les portions, mieux planifier ses repas ou valoriser les restes sont donc des actions très concrètes.

Pourquoi est-ce si difficile de changer son alimentation ?

L’alimentation ne relève pas seulement de la nutrition. Elle touche au plaisir, à la culture, à la convivialité, et aux habitudes familiales. Changer ce que l’on mange peut être perçu comme une remise en question de son mode de vie, voire - et ça peut être source de tensions - de celui de son entourage.

La viande ou le poisson, par exemple, reste encore très souvent considéré comme la pièce centrale du repas. C’est pourquoi le changement passe rarement par des arguments environnementaux uniquement. Il est souvent plus efficace de réfléchir aux bénéfices concrets : découvrir de nouvelles recettes, varier son alimentation, cuisiner autrement, bénéfices pour la santé, se sentir plus cohérent avec ses valeurs.

Loisirs et shopping : consommer moins, mais mieux

Les loisirs et les achats représentent environ 10 % de notre charge environnementale, ce qui est élevé à l’échelle internationale.

Prenons l’exemple du textile : derrière un simple t-shirt se cachent la culture du coton, sa transformation, la fabrication, le transport et la distribution. L’un des leviers les plus efficaces reste donc très simple : acheter moins (ou de deuxième main). Et lorsque l’achat est nécessaire, mieux vaut privilégier des textiles plus durables, notamment en coton biologique, qui permet de réduire l’usage d’engrais et de pesticides, et donc une partie de l’impact environnemental.

Acheter un vêtement de meilleure qualité, parfois plus cher, peut aussi encourager à rendre sa garde-robe plus durable.

Commerce en ligne ou magasin : que choisir ?

Le commerce en ligne soulève souvent des questions. Est-il plus ou moins impactant qu’un achat en magasin ? En réalité, tout dépend surtout de la manière dont l’achat est réalisé et à quel besoin il répond:

  • Faut-il prendre la voiture pour aller au magasin ?
  • L’achat s’inscrit-il dans un trajet déjà prévu ?
  • Y a-t-il un risque de retour produit ?

Autrement dit, ce n’est pas tant le canal qui compte, mais l’efficacité du déplacement et le fait d’éviter les achats incertains ou les retours. Un colis mutualise souvent le transport de plusieurs produits, alors qu’un trajet en voiture pour un seul achat peut rapidement faire grimper l’impact. Si vous connaissez exactement le produit que vous voulez, la commande en ligne est une option intéressante. Mais si vous n’êtes pas sûr du produit dont vous avez besoin, un passage par le magasin pour tester et acheter le produit qui répond à votre besoin est une bonne idée pour éviter les éventuels retours.

Les loisirs : l’impact caché du transport

Dans de nombreux loisirs, le principal impact ne vient pas de l’activité elle-même, mais du transport nécessaire pour s’y rendre.

Une journée de ski, par exemple, représente environ 60’000 UCE en prenant en compte le trajet, les remontées mécaniques et le matériel. Cela correspond à environ trois fois ce qu’une personne devrait consommer sur une journée pour rester dans des niveaux soutenables. Cela ne signifie pas qu’il faut renoncer à toute activité de loisir, mais plutôt les pratiquer avec davantage de modération et, lorsque c’est possible, privilégier les transports publics.

Au fond, cela invite aussi à repenser notre imaginaire : des vacances réussies doivent-elles forcément être lointaines ? Peut-on redonner de la valeur à la proximité, au local, aux escapades près de chez soi ? Il ne s’agit pas d’arrêter, mais de faire avec plus de parcimonie et plus de cohérence.

Les transports : un poste incontournable

Les transports représentent environ un quart des impacts environnementaux. Parmi eux, l’avion occupe une place disproportionnée : quelques trajets peuvent suffire à représenter autant que le reste de nos déplacements sur une longue période.  Il représenterait à lui seul 18% de l’impact environnemental des vaudois.e.s. Un aller-retour Lausanne–Berlin représente environ 500’000 UCE. Pour donner un ordre de grandeur, cela correspond à près de 30 fois ce qu’une personne devrait “consommer” en une journée pour rester dans des niveaux soutenables.

C’est pourquoi prendre l’avion avec modération, et prendre le train à la place de l’avion quand c’est possible, est un levier important.

La voiture, très présente en Suisse, constitue elle aussi un poste important. Chaque kilomètre parcouru en voiture essence représente environ 300 UCE

Lorsqu’un usage fréquent est nécessaire, la voiture électrique est généralement plus favorable sur le plan environnemental qu’une voiture thermique. Une voiture électrique a en moyenne un impact deux fois plus faible qu’une voiture essence. Si la batterie est rechargée avec une électricité renouvelable, l’impact peut être encore divisé par deux. Dans ce cas l’impact serait quatre fois plus faible qu’utiliser une voiture essence.

Il ne faut toutefois pas en conclure que la voiture électrique est une solution parfaite. Elle reste plus impactante que le train.

Le train peut représenter, selon les cas, jusqu’à 10 fois moins d’impact que l’avion. Le bus est en position intermédiaire, il sera moins impactant qu’une voiture individuelle, mais présente un impact environ deux fois supérieur à celui du train (moins de passagers et efficacité énergétique plus faible).

Adapter le véhicule à ses besoins

Quand l’usage de la voiture est nécessaire, un autre levier important consiste à choisir un véhicule adapté à ses besoins réels. Plus une voiture est grande et lourde, plus sa fabrication et sa consommation augmentent. La question n’est pas uniquement “thermique ou électrique ?”, mais aussi : ai-je vraiment besoin de ce type de véhicule, et à quelle fréquence vais-je l’utiliser ?

Pourquoi la mobilité est un sujet si sensible

La mobilité est un domaine où les comportements sont particulièrement difficiles à faire évoluer. La mobilité touche à l’habitude, la liberté, au confort, et au plaisir. C’est un sujet profondément émotionnel. C’est pourquoi la sensibilisation seule ne suffit souvent pas.

Les changements de comportement ont plus de chances de se produire lors de moments de transition : une voiture qui ne passe plus l’expertise, un déménagement, un changement de travail, la naissance d’un enfant, une nouvelle organisation familiale, ou un retrait de permis. C’est dans ces moments que l’on peut repenser ses trajets, tester d’autres solutions et adopter de nouvelles habitudes plus sobres. Pour favoriser ces évolutions, il est souvent plus efficace de mettre en avant les co-bénéfices : économies, confort, santé, réduction du stress, simplicité d’usage.

Le numérique : un impact en hausse, souvent invisible

Le numérique prend une place de plus en plus importante dans nos vies, et son impact environnemental avec lui, et notamment avec le développement de l’intelligence artificielle. Cet impact reste souvent difficile à percevoir, car il est largement invisible au quotidien.

L’impact provient des data centers, mais aussi de nos équipements : smartphone, ordinateur, box internet, écran, objets connectés. Avant même leur utilisation, ces appareils ont déjà nécessité des matières premières et de l’énergie pour leur fabrication, et leur distribution.

Allonger la durée de vie du matériel et à ne pas remplacer un appareil trop rapidement permet de réduire significativement l’impact du numérique. Ensuite, comme pour les autres usages, utiliser de l’électricité renouvelable pour faire fonctionner les appareils reste importante.

Stockage, vidéos, IA : la sobriété numérique compte aussi

Le stockage en ligne n’est pas immatériel. Garder des milliers de photos ou de vidéos sur un cloud mobilise des serveurs qui consomment de l’énergie en continu. Trier régulièrement ses contenus, supprimer l’inutile ou privilégier un stockage externe peut donc faire une différence.

1 000 photos stockées sur un cloud pendant un an représentent environ 2’300 UCE contre seulement 60 UCE sur un disque dur externe. Le stockage sur serveur est environ 40 fois plus impactant qu’un stockage externe.

Même logique pour les usages du quotidien : visioconférences, vidéos, intelligence artificielle… Tous ont un impact. Cela ne veut pas dire qu’il faut renoncer au numérique, d’autant qu’il peut aussi éviter certains déplacements grâce au télétravail ou à la visio.

Selon les ordres de grandeur évoqués, le télétravail peut permettre de réduire jusqu’à 90 % l’impact grâce à un déplacement évité. Une visioconférence représente une centaine d’UCE, et couper la vidéo peut encore réduire cet impact d’environ 20 %.

L’usage de l’IA soulève également de nouvelles questions. Les données restent difficiles à consolider, mais les estimations donnent pour une heure de travail avec un usage fréquent de ChatGPT environ quelques centaines d’UCE. L’enjeu n’est pas de renoncer à l’IA mais de l’utiliser intelligemment.

Rendre l’impact du numérique plus concret

L’une des difficultés du numérique est qu’il paraît immatériel. Parce qu’on ne voit ni les serveurs, ni les infrastructures, ni l’énergie consommée, on a tendance à aller au plus simple, au plus rapide, au plus automatique. Pourtant, cette facilité a un coût.

C’est pourquoi des actions collectives peuvent aussi être intéressantes : organiser une demi-journée de tri numérique, réduire les espaces de stockage inutiles, ou simplement rendre plus visibles les impacts associés à certains usages. Là encore, il ne s’agit pas de viser la perfection, mais de retrouver une forme de sobriété dans un domaine où tout semble illimité.

Pourquoi est-ce si difficile d’agir ?

Un des freins majeurs à la durabilité est le sentiment d’impuissance. Beaucoup se disent : “Pourquoi ferais-je un effort si je ne suis qu’une goutte d’eau ?” Cette impression de ne pas maîtriser les choses, combinée à l’idée que les entreprises ou les pouvoirs publics ne font pas assez, crée une forme de dilution de la responsabilité.

Pourtant, les gestes du quotidien ne sont pas insignifiants. Ils ont un impact direct, mais aussi une portée sociale : ils influencent notre entourage, nos normes et notre manière de penser ce qui est “normal”.

Agir sans viser la perfection

Au fond, le message essentiel n’est pas d’être irréprochable. Il est difficile d’être efficient en comprenant où se situent les vrais leviers et en visant des changements atteignables.

Il ne s’agit pas d’être naïvement optimiste face au climat, mais de garder de l’espoir. L’espoir naît de l’action, même modeste. Aucun geste ne suffit à lui seul, mais chacun peut contribuer à enclencher une dynamique, à faire évoluer les normes et à ouvrir la voie à des changements plus larges.

La durabilité ne commence pas par une révolution soudaine. Elle commence souvent par des choix concrets, réalistes, répétés dans le temps et par la conviction que ces choix comptent.


Vous pouvez retrouver l’intégralité des épisodes de la série « Soyons durables ! » ici :

Série "Soyons durables!" (1/5): le logement

Série "Soyons durables!" (2/5): l’alimentation

Série "Soyons durables!" (3/5): les loisirs et le shopping

Série "Soyons durables!" (4/5): les transports

Série "Soyons durables!" (5/5): le numérique

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